Ressemeler une paire de bottines, changer un talon, recoudre la lanière d’un sac, reproduire une clé ou graver une plaque pendant que le client patiente : le cordonnier est l’un de ces artisans de proximité dont on ne mesure l’utilité que le jour où l’on en a besoin. Dans un contexte de préoccupations environnementales et avec le bonus réparation, réparer plutôt que jeter redevient un réflexe, et le métier peut se lancer très simplement sous le régime de la micro-entreprise, en boutique, en atelier ou en point de dépôt, à condition de bien déclarer son activité, de distinguer prestations et ventes et de s’assurer correctement.
Comment devenir cordonnier auto-entrepreneur ? Cadre légal, qualification, démarches, cotisations, plafonds, bonus réparation et compétences : on vous explique.
Le cordonnier auto-entrepreneur en résumé
- Centre de formalités des entreprises (CFE) : activité artisanale, donc immatriculation au Registre national des entreprises (RNE) en tant qu’entreprise du secteur des métiers et de l’artisanat, via le guichet unique des formalités des entreprises (INPI). La chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) est l’interlocuteur naturel de l’artisan.
- Code APE : 95.23Z – Réparation de chaussures et d’articles en cuir (NAF rév. 2, qui comprend la réparation de chaussures, de bagages et d’articles similaires ainsi que la pose de talons). La NAF 2025, qui entre en vigueur en janvier 2027, la remplace par le code 95.23Y. Le code est attribué par l’Insee à partir de l’activité principale déclarée : des activités annexes (reproduction de clés, gravure, tampons) peuvent relever d’autres codes.
- Plafond de chiffre d’affaires : 83 600 € pour les prestations de services (BIC) ; 203 100 € pour la vente de marchandises. En activité mixte, le CA global ne doit pas dépasser 203 100 €, dont au plus 83 600 € de prestations.
- Cotisations sociales : 21,2 % du CA pour les prestations de services artisanales (BIC), c’est-à-dire l’essentiel de l’activité d’un cordonnier ; 12,3 % du CA pour l’achat-revente de marchandises (cirages, lacets, semelles, accessoires vendus tels quels).
En quoi consiste le métier de cordonnier ?
Le cordonnier répare, entretient et remet en état les chaussures, les sacs, les bagages et les articles en cuir. Dans sa version « multiservice », il propose aussi des services complémentaires du quotidien. Bpifrance Création y consacre un dossier « Cordonnerie multiservice » (mai 2024) et souligne que ses prestations dépassent largement l’entretien et la réparation des chaussures.
Selon son atelier et sa clientèle, le cordonnier propose souvent :
- la réparation de chaussures : consolidation et remplacement de semelles, pose de patins et de talons, travaux de couture et de collage, remplacement de fermetures, de boucles ou d’élastiques ;
- la réparation et l’entretien d’articles en cuir : sacs, ceintures, bagages, avec nettoyage, teinture et conseils d’entretien ;
- des services annexes enseignés dans la formation de cordonnier multiservice : reproduction de clés, gravure, fabrication de tampons, petits travaux d’imprimerie, affûtage et aiguisage ;
- la vente de produits d’entretien et d’accessoires (cirages, lacets, semelles, etc.) ;
- le conseil au client : faisabilité de la réparation, durée de vie du produit, entretien après réparation, avec un devis clair avant de commencer.
Le métier demande de la minutie, de la rigueur, de la résistance physique (station debout, gestes répétitifs) et un atelier équipé de machines et de produits (colles, solvants, teintures) qui imposent des règles de sécurité et de rangement.
Comment devenir cordonnier auto-entrepreneur ?
Le cordonnier exerce une activité artisanale, mais elle ne figure pas parmi les activités artisanales dont la qualification professionnelle est obligatoire pour s’immatriculer (liste Bpifrance Création : entretien et réparation de véhicules, construction et réparation des bâtiments, réseaux et équipements utilisant les fluides, ramonage, soins esthétiques, prothèses dentaires, boulangerie-pâtisserie-boucherie-charcuterie-poissonnerie-glaces, maréchal-ferrant, coiffure). Vous pouvez donc créer une micro-entreprise de cordonnerie sans diplôme imposé par la loi.
Attention toutefois à deux points :
- La qualité d’artisan (et l’usage du titre d’artisan) suppose d’exercer une activité artisanale, d’être immatriculé au secteur des métiers, et de justifier d’un CAP, d’un BEP ou d’un titre équivalent dans le métier exercé, ou de trois ans d’expérience professionnelle dans ce métier (Service-Public Entreprendre).
- La serrurerie reste une activité réglementée. La reproduction de clés fait partie du multiservice, mais la pose, le remplacement ou l’ouverture de serrures relèvent du métier de serrurier, qui figure dans la liste des activités du bâtiment soumises à qualification. Si vous voulez proposer ce type de prestation, vérifiez-le avant de vous lancer auprès de la CMA.
Les démarches de création se font en ligne sur le guichet unique (INPI). Le stage de préparation à l’installation (SPI) est devenu facultatif : les CMA proposent à la place une formation « Créer son projet d’entreprise », facultative et payante (Service-Public Entreprendre).
En pratique :
- Préparez votre pièce d’identité, un justificatif de domicile et la déclaration de non-condamnation ;
- Déclarez précisément votre activité (réparation de chaussures, d’articles en cuir, reproduction de clés, gravure, etc.) et indiquez si vous vendez aussi des produits d’entretien ou des accessoires ;
- Choisissez la périodicité de déclaration à l’Urssaf (mensuelle ou trimestrielle) et déclarez votre chiffre d’affaires, même s’il est nul ;
- Vérifiez votre éligibilité à l’ACRE (demande à l’Urssaf dans les 60 jours suivant le début d’activité) ;
- Souscrivez une assurance de responsabilité civile professionnelle, fortement recommandée par l’Urssaf, et demandez à votre assureur si elle couvre bien les biens confiés (les chaussures et sacs de vos clients dans votre atelier). Adhérez aussi à un dispositif de médiation de la consommation, obligatoire dès que vous travaillez avec des particuliers ;
- Mentionnez « Entrepreneur individuel » ou « EI » sur vos devis, factures et documents commerciaux.
Bon à savoir ! Depuis le 1er janvier 2026, les plafonds micro s’établissent à 83 600 € pour les prestations de services et 203 100 € pour la vente de marchandises (Urssaf). Un cordonnier facture surtout de la main-d’œuvre et des pièces posées lors de la réparation ; pour la vente de produits revendus tels quels (cirage, lacets), le taux (12,3 %) et le plafond (203 100 €) applicables sont ceux de l’achat-revente : renseignez-vous auprès de l’Urssaf ou de la CMA sur la bonne ventilation selon votre façon de facturer. S’y ajoutent la contribution à la formation professionnelle (0,3 % du CA pour les artisans) et la taxe pour frais de chambre de métiers (à partir de la deuxième année d’activité, non due si le CA de l’avant-dernière année est inférieur à 5 000 €). Côté impôt, l’option pour le versement libératoire (1,7 % du CA en prestations BIC, 1 % en vente) est possible sous conditions de revenu fiscal de référence, à demander à la création ou dans les 3 mois suivant le début d’activité. La CFE (cotisation foncière des entreprises) n’est pas due l’année de création ; elle l’est ensuite, avec une exonération si le CA de l’avant-dernière année est inférieur à 5 000 €. Un outil de facturation comme MicroDesk facilite devis, factures et suivi des encaissements, sans remplacer vos obligations légales.
Le bonus réparation : un atout pour votre cordonnerie
Les cordonniers font partie des réparateurs qui peuvent faire bénéficier leurs clients du bonus réparation (Service-Public Entreprendre). Pour les chaussures et les textiles, le label est celui de l’éco-organisme Refashion. Le principe :
- le réparateur doit être labellisé pour proposer le bonus ;
- le montant du bonus est fixé par l’éco-organisme selon le type de réparation ; il est déduit du prix payé par le client, puis remboursé au réparateur sur présentation d’une copie de la facture (dans un délai maximum de 15 jours après réception du duplicata) ;
- la facture doit indiquer le prix total, le montant du bonus et le coût final payé par le client ;
- le réparateur labellisé s’engage à offrir une garantie commerciale d’au moins 3 mois et à informer les clients par un affichage lisible depuis l’extérieur du local (et sur son site internet s’il en a un) ;
- les réparations effectuées dans le cadre de la garantie légale de conformité ou d’une garantie commerciale sont exclues.
À ne pas confondre avec le label Répar’acteurs, porté par les CMA et l’Ademe, qui valorise la qualification des artisans réparateurs (qualité d’artisan, diplôme ou titre dans la réparation, ou 3 ans d’expérience) et n’est pas lié au fonds réparation.
Quelle formation pour devenir cordonnier ?
Aucun diplôme n’est légalement obligatoire pour s’installer, mais la technique s’apprend : la formation initiale reste la voie de référence.
- Le CAP cordonnerie multiservice : 2 ans après la 3e, ou 1 an après un autre CAP, en voie scolaire ou en apprentissage (Onisep). Il couvre la réparation de chaussures, la reproduction de clés, la gravure, les tampons, l’imprimerie et l’affûtage-aiguisage, ainsi que la gestion et la relation client ;
- Le CAP cordonnier bottier, plus orienté vers la fabrication et la réparation de chaussures sur mesure ;
- Pour aller plus loin : le BTM cordonnier, le bac pro métiers du cuir (option chaussures ou maroquinerie) et, pour ceux qui veulent compléter leurs compétences en clés et serrures, le CS serrurier (Onisep) ;
- Le titre professionnel de cordonnier multiservices (ministère du Travail, délivré notamment par l’Afpa), accessible aux adultes en reconversion selon les centres, et l’expérience acquise chez un artisan cordonnier, indispensable pour maîtriser les gestes.
Ces diplômes ouvrent aussi la voie à la qualité d’artisan. Renseignez-vous auprès de la CMA de votre département sur les aides à la formation, notamment via le compte personnel de formation (CPF).
Quelles sont les compétences et qualités essentielles ?
Au-delà du geste technique, réussir comme cordonnier indépendant suppose aussi de savoir gérer une petite entreprise :
- Technique : connaissance du pied et de la construction d’une chaussure, ressemelage, couture, collage, finitions, entretien du cuir, utilisation des machines (affûteuse, presse, machine à clés).
- Connaissance des matériaux : cuirs, bois, métaux, caoutchouc, matériaux de synthèse, colles, solvants et teintures (Onisep).
- Relation client : diagnostic de l’article, conseil honnête sur l’intérêt de réparer, transparence sur les délais et le budget.
- Devis et facturation : devis écrit avant les travaux, remise d’une note au client particulier dès que la prestation atteint 25 € TTC (arrêté du 3 octobre 1983, avec affichage lisible de cette règle au lieu de paiement), factures conformes avec la mention « EI ». Si vous êtes en franchise en base de TVA, la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » est remplacée à compter du 1er septembre 2026 par une référence au CIBS (art. L. 223 et s.), avec une tolérance jusqu’au 31 décembre 2027 (Service-Public Entreprendre).
- Facturation électronique : toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026 ; l’obligation d’en émettre s’applique aux micro-entreprises à partir du 1er septembre 2027 pour leurs clients professionnels établis en France et assujettis à la TVA, mais pas pour les ventes et prestations à des particuliers (Service-Public Entreprendre).
- Assurance : responsabilité civile professionnelle, avec vérification de la couverture des biens confiés, pour une paire de chaussures ou un sac abîmé, perdu ou endommagé pendant la réparation.
- Atelier et sécurité : local adapté, stockage des colles et solvants, respect des règles de sécurité et, si vous recevez du public en boutique, des règles applicables aux établissements recevant du public (ERP).
- Visibilité : fiche Google Business, photos avant/après, bouche-à-oreille local, partenariats avec des boutiques de chaussures ou de maroquinerie, et présence dans les annuaires de réparateurs labellisés.
Retenez les points chiffrés du résumé : 21,2 % sur les prestations artisanales, 12,3 % sur l’achat-revente, plafonds 83 600 € / 203 100 € en 2026. Avec des clients particuliers, l’adhésion à un dispositif de médiation de la consommation est obligatoire.